Il reste par Fabienne Courtade (Éditions Flammarion, 2003).
Il n’efface rien, regarde les directions ignorées
souffle sur l’illisible
ou sur les veines
je l’entends au loin, regarde entre ses mains
le corps surface plane lune couchée
vertes seules luisent
ne peux plus disparaître, ne pas oublier (le silence immaculé
des entrailles l’image
absente
dans les yeux, les orbites
sont déjà trouées
s’enfonce
son regard, au fond, ou le mien
je perds
ses yeux
ensuite les mots sont au loin,
je suis en toi, tout est vaste un monde chaque instant vient arrive
par ta bouche,
j’écris pour ne pas t’oublier, pour que persiste en moi
ton odeur
onde après onde coule
tous les endroits du corps
c’est tous les endroits les lieux devenus étendues je ne peux rien retenir
j’arrête de dire
je murmure contre
les premières gouttes
© Tous droits réservés
Un versant l'autre par Esther Tellermann, Éditions Flammarion, 2019.
Un seul avait
lu
ta croûte
chemin-folie
à demi parcouru
quand se dissout
l’incendie
j’attendais que
les lunes s’effritent
là où s’enfouissent
les naissances
le souffle du
jasmin
et du magnolia.
*
Qui es-tu
chose vive dont
je cherche le
cours ?
Sel qui inverse
les larmes ?
Sous les paupières
un lointain
suspendu ?
Source où je navigue
feu du
premier soir ?
Un corps s’avance
mêle le matin
aux soirs
enserre
un tourbillon
et soudain
j’abandonnais
vos crépuscules
votre vrille
pour des jardins
d’orange
des bords où s’écrit
la couleur
des corps nimbés
des chevelures
je voulus à nouveau
voir.
*
Même fissure
même
pulsation
serons
même
humus
même
écart du sommeil
trouverons
la même découpe
de prière.
Oui plus haut
qui nous sont
un autre alphabet
d’autres
chiffres.
Saviez-vous les horizons
qui basculent
débordent
l’épaisseur
anses pour mourir
dans le lieu
que n’inquiète
aucune mémoire ?
Là forêts ourlent
nos fosses
ensevelissent
le verbe.
© Tous droits réservés
LE DOUBLE ATTAQUANT par Paul Valet, Éditions MAI HORS SAISON, 1995.
Dur visage
De la tendre cruauté
Où es-tu pour m'entailler
Sans dommage ?
Deux on l'était
Mais la troisième créature
Avait l’œil ouvert
Sur nos deux doublures
On croirait être seul
Mais le double partageait
Une étrange unité
En marche vers mon souffle
Nous nous sommes embrassés
Nous nous sommes rétractés
Nous nous sommes croisés
Doucement en niant
Épousant ma forme
De son intérieur feutré
Nous étions seuls
A nous ignorer
Par erreur cinglante
Il nous fallait accepter
Le double déchirement
Des cerveaux
© Tous droits réservés
Esthétique de la noyade par Sébastien Lespinasse, Éditions PLAINE Page, 2017.
(on a noyé (chaque jour (le réel dans la réalité)
le réel est toujours) imprévu)
affiche décolorée bleu pisseux d'un candidat front national
adéquation du fond et de la forme
pauvres murs
(on a noyé (chaque jour (l'espace public dans les publicités)
le réel est toujours) imprévu)
écrans allumés illuminent visages
dans les matins de nuit d'hiver
lumière de prière
au chevet nos fatigues communes
transports communs
(on a noyé (chaque jour (l'espace public dans les publicités)
le réel est toujours) imprévu)
tramways Europe
aller simple voie unique
les voix
toutes les voix réduites au silence
étincelles brèves étoiles au contact des rails
pas de feu au cœur du froid
(on a noyé (chaque jour (l'espace public dans les publicités)
le réel est toujours) imprévu)
pas de visa pas de visage
pourrissements d'oublis
les présents qui s'absentent
sans noms privés de deuil
jolies vitrines de Noël
jouets immaculés
figure de proue des enfances
le brillant doux des papiers cadeaux
un bonnet détrempé petit morceau de tissu
échoué sur une plage
petit morceau
ne subsiste que
sub existe
(tout ce (qui a (un nom
(a un goût) de sel)
dans) la bouche)
© Tous droits réservés
la Mamort par christophe manon et michel valprémy, Atelier de l'agneau, 2004.
9. D'abord la renâcle des cervicales, la tressaille
des tocsins derrière la nuque. D'abord le salsas
bleues du ventre, les nimbes, les nues, les nouées
nuages sous perfusions, les précipices en embuscade
ou ailleurs. Limaces aux lèvres, j'écarte mes
renonces, mes chardons louches, mes violons d'outre-
tanière. Je suis le chien foudroyé par la vase-vase,
par la houle transie des étoiles. Je suis la crinière du
multiple noyée dans les fougères. J'ai les épouvantails
en vrilles, les tempes en palpitations et magma. Des
orties rôdent sous mes pelages internes. L'air sent la
trouille et le porc en sueur. Je sais ce que fut et ce qui
sera. Et ce qui serait je l'ai pris sous mon bras. Je
saute de l'autre côté du crâne, où paissent les
anguilles, où s'agglutinent les guanos. Qui baisera
mes granits, le crachin froid de mes rivages ? Qui
saura de ma panse éveiller les songes transhumains ?
Lyrismes par Philippe Labaune (à paraître chez Sans Crispation Éditions).
C’est le huitième matin.
Cette nuit le chant du fleuve. Longue note tenue dessous. Il regarde. La grâce d’un. Il se dit. Quelques phalanges. Si dieu. Quelque part. Entre. Pouce et index. Dormir épuisé.
- or les temps changent -
La douleur. Le prend. Cogne partout. En lui. Tout. Le temps. Il demande. Quand. S’arrêtera. Il. Il aim’. Sa grâce la puissance de sa joie. Am’ dans le creux. Murmure de l’oreille. Trace de la. Leurs étreintes cela sauve.
C’est le dix-neuvième matin.
Absente. Présente. Si loin. Si proche. Quelques centimètres maintenant. Tout l’élan de. Endormie. Il perçoit. L’épaule. Le cou. Le visage. Sont. En mouvement. Ailleurs. Insaisissables. A quels lointains. Elle. Vers quoi son regard. Ce cou. L’espace.
- négation d’un dedans par un dehors -
Poser juste là. Un signe. Il se dit il y a quelque chose. Cette image. Mais. Ne sait pas. Quoi. Peut-être la. Entre. Et le cou. Cette femme. Cette image. Dit. Ces corps sur son visage. Les petits cheveux mobiles. Un cou. A ce moment précis. Totalement tout.
© Tous droits réservés